31 août 2026
Célibataire depuis longtemps : comment se réouvrir à l’amour sans se perdre ? Kinésiologue à Landerneau
Je rencontre régulièrement en séance des femmes qui sont célibataires depuis longtemps. Souvent, ce sont des femmes très indépendantes, qui ont trouvé leur équilibre et qui ne souffrent pas particulièrement d’être seules.
Elles ont construit leur vie avec des amis, des enfants parfois, un travail épanouissant, des projets perso. Elles savent aussi très bien partir seules en vacances, aller au ciné, passer un dimanche chez elles sans avoir l’impression qu’il manque quelqu’un.
Souvent, elles ont eu une vie avant, dans laquelle elles ont beaucoup composé avec l’autre. Alors elles ont enfin appris à ne plus négocier leur espace. Et elles en tirent une sorte de fierté, parce qu’elles savent que c’est une évolution. Il leur a parfois fallu des années pour arriver à être bien seules, pour construire une vie qui leur ressemble vraiment.
Et pourtant, quand je les rencontre en cabinet, beaucoup me disent aussi qu’elles aimeraient bien rencontrer quelqu’un. Mais j’entends souvent ça comme un désir très lointain. Presque quelque chose qui serait chouette dans un monde idéal, mais que franchement… ça n’arrivera probablement plus. Ce n’est plus pour elles.
Et pourtant, je vois bien que l’envie d’aimer est encore là. Ce sont souvent des femmes sensibles, avec plein d’amour à donner. Elles auraient envie de partager, de construire quelque chose à deux, parce que ce n’est pas vraiment ça qu’elles cherchent à fuir.
Le problème, c’est qu’elles savent très bien ce qui risque de se passer si quelqu’un arrive dans les parages. Elles connaissent les scénarios, elles les ont déjà vécus ou les observent tellement autour d’elles.
Au début, elles se disent qu’une rencontre, c’est chouette. Et puis elles se voient déjà : il y aura les messages qu’elles seront contentes de recevoir, les premiers rendez-vous, l’envie de le revoir. Peut-être même cette petite excitation qu’elles pensaient ne plus pouvoir ressentir. Quelqu’un va réussir à faire une petite brèche dans cette vie parfaitement organisée. Et ce vaillant homme qui réussira à les faire sortir un peu de cette cage dans laquelle elles se sont installées sans vraiment s’en rendre compte… ben il sera forcément chouette, sinon il n’y serait pas arrivé.
Mais elles connaissent aussi très bien les deux scénarios qui risquent de se profiler ensuite.
Soit tout ça va commencer à prendre un peu trop de place. À un moment donné, il répondra peut-être moins vite que d’habitude. Et là où elle était parfaitement tranquille trois semaines auparavant, elle va se surprendre à se demander pourquoi il ne répond pas. Et surtout pourquoi, elle, elle se pose encore ce genre de questions.
Elle va se trouver ridicule. Elle va sûrement se demander comment, après toutes ces années à travailler sur elle, elle peut se retrouver exactement au même point qu’à l’époque où elle n’avait absolument rien foutu. Elle va se convaincre qu’elle s’en fout, tout en constatant assez rapidement qu’elle ne s’en fout pas du tout. Et ça va commencer à l’agacer.
Parce que quand elle n’attendait le message de personne, elle n’avait pas à se demander si quelqu’un allait rester. Elle n’avait pas à interpréter un silence ou un changement de ton. Tous ces problèmes d’attachement anxieux que le célibat avait gentiment cessé de réveiller risquent de refaire surface. Et elle était peinarde.
Ou alors, ce sera l’inverse.
La personne qu’elle a rencontrée voudra peut-être la voir davantage. Elle commencera à proposer des week-ends, à laisser deux ou trois trucs chez elle, à se projeter un petit peu dans la relation. Et là, c’est une autre alarme qui va se déclencher.
Parce que ses week-ends, justement, elle les aime bien comme ils sont. Elle n’a surtout pas envie de se retrouver à tout faire avec quelqu’un. À devoir prévenir, organiser, tenir compte de l’autre pour chaque chose. Elle sent déjà qu’elle va avoir envie d’air.
Et elle n’a surtout pas envie de recommencer à chercher à plaire à quelqu’un. À s’adapter ou à accepter des choses qu’elle n’aurait pas acceptées trois mois plus tôt. Alors forcément, l’équation devient impossible. Elle le sait et elle l’anticipe.
Parce que finalement, elle sait qu’une rupture, même si ça fait mal, elle pourrait s’en remettre. Ce qu’elle n’a surtout pas envie de revivre, c’est de se retrouver quelques mois ou quelques années plus tard à se demander comment elle a encore réussi à se perdre là-dedans.
Alors parfois, avant même que tout ça arrive, elle préfère ne plus y retourner.
Et je la vois qui se raconte plein d’histoires. L’homme est trop ceci ou pas assez cela. Elle peut être très attirée par celui qui n’est absolument pas disponible et, bizarrement, perdre rapidement tout intérêt pour celui qui l’est vraiment.
Bref, ce n’est pas simple.
Parce que quand on a mis des années à construire cette tranquillité, on n’a pas forcément très envie de remettre tout ce petit monde intérieur en chantier.
Le célibat est devenu confortable. Mais il est surtout devenu sécurisant. Il n’y a personne pour partir et personne pour envahir. Et surtout, personne pour réveiller ces anciennes versions de nous-mêmes dont on pensait s’être débarrassées à force de travail sur soi.
Mais elles sont encore là, quelque part, tapies dans l’ombre. Et c’est peut-être justement parce qu’elles sont encore là que quelque chose bloque au moment de se réouvrir à une relation.
Alors en séance, je ne vais pas chercher pourquoi vous êtes encore célibataire. Je ne pense pas que ce soit vraiment la question.
Ce qui m’intéresse beaucoup plus, c’est : « Qu’est-ce qui devient menaçant pour vous quand quelqu’un commence réellement à compter ? »
Parce que certaines alarmes sont très utiles. Elles nous permettent de sentir qu’une personne ne nous convient pas ou que quelque chose n’est pas juste pour nous.
Mais parfois, le corps connaît tellement bien certaines anciennes histoires qu’il déclenche l’alerte avant même de savoir si celle-ci va se répéter.
Et c’est vraiment là que la kinésiologie peut devenir intéressante.
Pas pour « débloquer » quelqu’un. Et encore moins pour vous apprendre à baisser vos exigences ou vos limites. Mais pour aller travailler ce qui se remet en alerte à l’idée du lien : la peur de perdre sa liberté, de dépendre de l’autre, d’être abandonnée, de recommencer à s’adapter. Ou parfois cette peur immense de devoir tout reconstruire parce qu’une relation aura encore une fois laissé une vie dévastée derrière elle.
Le nouveau défi, ce serait peut-être de réussir à laisser quelqu’un entrer sans que tout le système se mette immédiatement à clignoter dans tous les sens.
Bref, réussir à aimer quelqu’un sans transformer cette pauvre petite vie qu’on a mis des années à rendre plutôt chouette en chantier permanent.
Et ça, franchement, ça mérite peut-être qu’on aille jeter un coup d’œil en séance.