6 juin 2026
Comprendre ses blocages sans réussir à avancer : regard d’une kinésiologue à Landerneau
Il y a eu une période de ma vie où j’avais besoin que mon angoisse ait une origine claire. Alors je revenais souvent à cette histoire de mon enfance. Mes parents étaient alpinistes et partaient régulièrement en montagne. Pendant ce temps, nous restions à les attendre avec cette peur qu’un accident puisse arriver.
Je revois encore ma grand-mère, au camping où nous les attendions, lever les yeux à chaque décollage d’hélicoptère pour suivre sa trajectoire avec inquiétude. Comme si un drame pouvait survenir à tout moment.
Pendant longtemps, cette histoire est devenue une manière de me raconter à moi-même. Je suis angoissée parce que j’ai vécu ça.
Et peut-être que vous aussi, vous avez votre histoire.
Un événement ou une période difficile à laquelle vous reliez ce que vous vivez aujourd’hui. Peut-être même que cette explication est juste.
Mais avez-vous déjà remarqué que parfois, même lorsqu’on comprend parfaitement pourquoi on réagit ainsi, cela ne change pas forcément ce qui se passe à l’intérieur ?
Avec le temps, j’ai constaté que chercher l’origine de mes difficultés ne modifiait pas vraiment mon état intérieur. Je pouvais analyser mes réactions pendant des heures et faire des liens avec mon histoire, et pourtant l’angoisse continuait à se manifester.
À force de vouloir comprendre, je passais parfois plus de temps à étudier mon expérience qu’à la vivre. Je retrouve souvent cela chez les personnes que j’accompagne. La plupart ont déjà beaucoup travaillé sur elles-mêmes. Elles ont lu et réfléchi, parfois suivi différents accompagnements. Elles comprennent souvent très bien d’où viennent certaines de leurs difficultés. Et pourtant, lorsqu’une situation les touche profondément, le corps réagit encore avant elles. Comme si toute cette compréhension ne suffisait pas à apaiser ce qui continue de se jouer à un autre niveau.
Ce que j’ai aussi remarqué chez moi, c’est que cette recherche permanente d’explications entretenait parfois une forme d’hypervigilance. Comme si je devais constamment surveiller ce qui se passait à l’intérieur. Tout devenait matière à interprétation. Chaque émotion semblait devoir révéler quelque chose de caché sur moi.
Et je vois aujourd’hui combien notre époque encourage cela. Nous cherchons des causes à tout.
Bien sûr que notre histoire nous influence et que certains événements laissent des traces profondes. C’est même une part importante de mon travail de m’intéresser à ces mémoires et à ce qu’elles continuent parfois de produire dans le présent.
Mais à vouloir tout expliquer, nous finissons parfois par considérer la souffrance humaine comme une anomalie. Comme si ressentir de la peur, de la tristesse, du doute ou de l’insécurité n’appartenait plus simplement à l’expérience d’être vivant et comme s’il fallait encore résoudre le fait même de les ressentir.
Alors que je crois qu’il existe en nous un endroit moins mental où l’on cesse momentanément de se vivre comme une énigme psychologique à résoudre. Dans cet espace, il s’agit parfois simplement de rencontrer ce qui est là.
En kinésiologie, même si nous explorons parfois certains événements du passé, l’objectif n’est pas tant de trouver « l’événement responsable » d’un état actuel. Ce qui nous intéresse davantage, ce sont les tensions que le corps continue parfois de porter longtemps après certains vécus.
Non pas pour nourrir une histoire ni pour désigner des coupables.
Mais pour permettre à ce qui est encore présent d’être traversé autrement.
Les moments qui me touchent le plus en séance ne sont pas ceux où une personne trouve enfin la bonne explication. Ce sont ceux où, pendant quelques instants, elle cesse de lutter contre ce qu’elle ressent. Où elle n’a plus besoin d’interpréter immédiatement ce qui se passe et où quelque chose se relâche simplement.
Comme si elle arrêtait, un moment, de se traiter elle-même comme un problème à résoudre. Je crois qu’il y a quelque chose de profondément apaisant dans le fait de ne plus porter seul cette fatigue mentale de devoir constamment comprendre.
J’accueille les personnes qui se reconnaissent dans cette fatigue.
Non pas pour trouver une nouvelle explication.
Mais pour explorer ce qui se passe lorsque l’on cesse, pendant un moment, de lutter contre ses ressentis.
Je vous reçois à mon cabinet de La Forest-Landerneau, près de Brest, ainsi qu’à distance pour les accompagnements autour de l’anxiété.