Un héritage négligé : émotions et langue bretonne 

C’est aujourd’hui que je quitte mon travail au sein du réseau Diwan, où j’exerçais depuis vingt ans, pour me consacrer entièrement à la kinésiologie. Je n’ai découvert l’existence de la langue bretonne que lorsque j’étais jeune adulte. Je vivais à Paris, sans aucune origine bretonne. Rien ne me liait à cette culture. Et pourtant…
J’ai appris le breton, passionnée par cette culture que je trouvais si riche. Et aujourd’hui, la kinésiologie me pousse à m’interroger à ce que les familles ont transmis. Quel héritage émotionnel transgénérationnel certains Bretons peuvent-ils garder de l’histoire liée à la langue bretonne ? Lors de mes ateliers de connaissance de soi en langue bretonne, j’ai vu combien il est difficile de retrouver tout le panel de vocabulaire des émotions. Ce flou quand il s’agit d’exprimer finement ce que l’on ressent apparait clairement dans la langue bretonne.
Est-ce que le breton était une langue corsetée dans la pratique ? Dire que le breton est pauvre en vocabulaire émotionnel serait injuste. La langue est riche, poétique et nuancée. Mais on y parle peu de ce qui se passe à l’intérieur. On contourne. On décrit une attitude, un comportement, mais rarement une sensation ou une émotion pure. Sûrement parce que la langue a longtemps été méprisée, reléguée au quotidien concret. Dans ces conditions, on a transmis l’essentiel pour survivre : les gestes, les repères mais pas forcément les états d’âme.
Mais alors que ce silence ne vient plus des mots pour la génération de nos parents, il semble ancré dans une manière d’être. Beaucoup de sociologues et d’ethnologues ont parlé de cette réserve bretonne. Une forme de dignité silencieuse, forgée dans l’effort, dans la terre, dans la mer. Un “on tient bon” devenu modèle familial. Mais cela a un prix. Il laisse dans les familles des tensions qu’on ne sait pas nommer, des douleurs qui circulent sans visage, que le corps, lui, continue de porter.
Certaines séances de kinésiologie permettent de redonner une voix à ce qui a été tu, parfois depuis des générations. Dans de nombreuses familles bretonnes , peut-être un peu plus que dans d’autres, en lien avec cette histoire lourde liée à la langue , il y a des émotions enfouies, un empêchement à dire “je”, à poser des limites, à se reconnaître.Et ce n’est pas par faiblesse, mais par fidélité. Fidélité à une culture qui a tant résisté qu’elle en a parfois oublié de s’exprimer autrement que par l’endurance.
Les femmes ont tenu les murs. Elles étaient fortes et solides. Mais pas vraiment autorisées à parler d’elles. Dans cette posture, il y a de la grandeur… mais parfois aussi de la souffrance et Il y a ces corps qui portent tout.
Aujourd’hui, je ne suis toujours pas bretonne. Mais je sens profondément les silences que cette culture porte en elle. j’espère que certaines de mes séances de kinésiologie mettront des mots là où il n’y en avait pas.

À La Forest-Landerneau, je propose un accompagnement en kinésiologie pour les personnes confrontées au stress, à l’anxiété, aux changements de vie ou aux difficultés scolaires.


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