Chez moi, pendant des années, les fêtes étaient synonymes de tension. Je le savais avant même que le repas commence : l’odeur du plat qui mijotait et les verres déjà à moitié remplis… tout annonçait le même scénario.
Tout semblait détendu et joyeux, puis, sans qu’on sache vraiment pourquoi, arrivait ce glissement subtil vers le théâtre des règlements de comptes. Souvent entre sœurs. Comme si, l’espace d’un soir, nous étions renvoyées à nos vieilles places dans la fratrie : l’aînée trop intransigeante, la cadette trop piquante, et moi quelque part entre les deux, guettant le moment où la soirée basculerait. Ma mère venant toujours rajouter une couche à tout cela. Rien de spectaculaire, mais suffisamment chargé pour me laisser le ventre noué pendant des jours.
Pendant longtemps, je me disais que c’était normal. Que les familles fonctionnaient comme ça : un mélange de tendresse et de blessures mal cicatrisées qui remontent à la surface dès que l’odeur du sapin se mélange à celle du vin rouge. Je m’étais habituée, et j’essayais par tous les moyens de prendre suffisamment de recul pour déjouer les piques et détourner les vieilles accusations. Cette habitude m’a servi, c’est vrai ; elle m’a permis d’apprendre à tenir sans trop éclater.
Plusieurs fois, à l’époque, ça a craqué. Ma fragilité montait et une sorte de vérité est apparue : je n’étais pas simplement tendue, j’étais triste, mais surtout blessée dans ces moments-là. Et ce n’était pas la faute de la fête, ni du vin, ni des autres.
C’était quelque chose qui venait de loin, quelque chose qui demandait qu’on l’écoute au lieu de le repousser sous une nappe bien repassée.
Cette prise de conscience n’a rien résolu au début, mais elle m’a ouvert quelque chose : reconnaître ma vulnérabilité et de ne plus avoir envie d’entrer dans le moindre combat, quel qu’il soit.
Depuis, j’observe les réunions familiales autrement. Je vois combien la famille agit comme un miroir grossissant : elle renvoie les zones encore sensibles et les chagrins que l’on croyait digérés.
Et c’est précisément parce que l’amour y circule, même maladroitement, que ces blessures s’y réveillent. Ce n’est pas un échec. Là où le lien est fort, l’écho l’est aussi.
Peut-être que les fêtes nous bousculent autant parce qu’elles rassemblent, en quelques heures, c’est des années de mémoire affective qui refont surface. Et dans ce face-à-face, aucun de nous n’est vraiment adulte. On navigue avec les cicatrices d’enfants blessés qui se rouvrent et avec les gestes ou paroles qu’on aurait espéré plus doux.
Alors, je me surprends parfois à imaginer qu’on pourrait se préparer à une réunion de famille comme on prépare une table de Noël : en prenant soin de ce qui est fragile, en faisant de la place, en regardant avec attention ce que l’on veut apporter ou laisser chez nous, le temps d’un soir.
J’aime cette image : prendre un moment pour visiter son intérieur, comme on repasse sa chemise ou comme on choisit les bougies.
Alors pourquoi ne pas se préparer aux fêtes comme on se prépare à certaines épreuves, en décidant que c’est une opportunité pour aller voir ce qui se joue en nous dans les schémas familiaux récurrents ? Essayer de sentir ce qui se met en mouvement en soi et repérer les tensions anciennes, les loyautés cachées peut-être, ou les peurs qui réclament encore notre attention. Une manière de s’accueillir avant même de tenter d’accueillir les autres.
Mon cabinet de kinésiologie à La Forest-Landerneau reçoit des personnes de Brest, Landerneau et du Finistère souhaitant être accompagnées dans leur cheminement personnel.


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