Il m’arrive encore, quand une émotion devient un peu trop dense, de retomber dans mes anciennes stratégies. C’est un basculement parfois discret et parfois très grossier chez moi : je sens le mental revenir prendre les commandes, comme un vieux réflexe qui n’a pas complètement renoncé à me protéger.
Alors, dans ces cas-là, parfois je rationalise, je peux me dire : « Je n’ai aucune raison de réagir comme ça. » Parfois je minimise : « Allez, c’est rien, je devrais être capable de passer au-dessus. » Parfois je pars dans des analyses sans fin : « Là, je suis dans ma blessure d’abandon, de rejet… » parfois je positivise « je vais bien , tout va bien » Et parfois encore, je réécris l’histoire pour la rendre plus supportable.
Tous ces mouvements sont presque automatiques chez moi, parce que c’est ce que j’ai mis en place pendant une grande partie de ma vie, à une époque où j’avais encore trop peur de mes propres profondeurs.
Pendant longtemps, j’ai cru que comprendre suffirait. Alors, j’ai étudié les mécanismes humains avec une passion débordante… Et là où parfois cette quête était juste, d’autres fois elle me servait de fuite. Je voulais tout éclairer. J’avançais dans la tête comme si cela pouvait m’éviter de descendre écouter mon corps trembler.
Puis la méditation est arrivée, comme une petite claque douce qui m’a rappelée à l’ordre. Elle ne me demandait pas de comprendre quoi que ce soit. Elle me demandait juste d’être là, et de sentir ce qui se vivait à chaque instant. La kinésiologie a prolongé ce chemin, en m’apprenant que le corps, lui, ne discute pas. Il dit ce qui est, simplement.
Et malgré tout cela, malgré les années de pratique, il m’arrive encore de retomber dans mes vieux mécanismes quand une situation me bouscule trop. Je sens le mental qui s’agite, alors je respire, et je redescends doucement, tant bien que mal.
Ce chemin-là, celui de revenir au corps, de laisser l’émotion passer sans l’habiller de mots, m’a tellement transformée, et je le sais pourtant.
Il a ouvert un espace en moi que je n’aurais jamais imaginé : celui qui se reconnaît soi, mais aussi celui qui reconnaît l’autre. Comprendre par l’analyse est utile dans mon métier de kinésiologue, car il est important de pouvoir mettre des mots, parfois.
Mais ce qui me transforme chaque jour dans ma pratique, c’est la résonance tranquille qui m’habite quand quelqu’un ose exprimer ses difficultés. Parce que lorsque quelqu’un ose, en toute confiance, raconter ce qu’il vit, il y a très souvent en moi une mémoire qui se réveille.
Non pas parce que j’ai vécu les mêmes événements ou que je comprends ce que l’autre vit. Mais parce que je reconnais ce mouvement intérieur que l’autre traverse : celui de son émotion.Cette reconnaissance-là n’a rien d’intellectuelle. Elle vient du corps et de ce qu’il a appris à accueillir, et non de ce qu’il a compris. Cette reconnaissance ouvre le cœur, adoucit sans qu’on ait à le décider. C’est un élan qui part du cœur et qui nous relie profondément les uns aux autres.
Lorsqu’on accepte enfin ce mouvement naturel, qu’on accepte soi-même de connaître la vulnérabilité et l’effondrement sans avoir à se juger ni à analyser, alors quelque chose dit sans mot : « Je te vois. » Et la relation à l’autre devient un espace de bienveillance qui se transforme sans cesse en humanité partagée.
En cabinet, je reconnais souvent le moment où le mental protège, chez les personnes que j’accompagne : cette agitation qui tente de couvrir une émotion trop vive. Je le vois sans le condamner, parce que je parcours moi-même encore ce même terrain, parfois. Cela me relie à elles d’une manière que les mots ne suffisent pas à décrire. Pas comme une experte qui observe, mais comme un être humain qui a appris, petit à petit, à ne plus se trahir en restant à la surface.
Aujourd’hui, je sais qu’il est inutile de chercher à comprendre trop vite, même si mes vieux réflexes me rattrapent parfois. Quelque chose en moi sait. Et cette présence intérieure ressurgit de plus en plus rapidement. Peut-être que c’est cela, finalement, “relationner” avec ses émotions : les laisser nous traverser assez pour qu’elles deviennent un pont vers les autres, plutôt qu’un mur.
Un espace où l’on se sent simplement humain avec l’autre. Et bien souvent, c’est déjà assez pour respirer un peu plus large, parce qu’on se sent en lien.
Alors moi, quand je sens le mental prendre le dessus, j’essais simplement de revenir au corps avec un petit exercice simple. Je m’arrête, je pose mes mains sur mes cuisses, je respire doucement. Je cherche où la sensation vit dans mon corps : est-ce un poids ? une tension ? une chaleur ? un resserrement ? Et je la laisse simplement exister.
Je décris intérieurement ce que je sens, sans chercher à analyser : « C’est lourd », « Ça pulse ». Puis je laisse un peu d’espace autour de cette sensation, juste assez pour qu’elle respire, et je reste quelques secondes à l’écoute de ce petit mouvement intérieur qui s’adoucit.
Ce simple geste suffit souvent à ramener la présence dans le corps, à calmer le mental, et enfin à revenir à soi.
Situé à La Forest-Landerneau, mon cabinet accueille des personnes venant de Brest, Landerneau et des communes environnantes pour un travail autour des émotions, du stress et de la connaissance de soi.


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