Il m’est arrivé de me demander si j’existais vraiment quand personne ne me regardait. Quand il n’y avait plus de présence rassurante à l’extérieur. Juste moi. Face à moi.
C’est souvent là que le manque se fait sentir le plus fort. Pas forcément du manque d’un être en particulier, mais de ce quelque chose qu’on attendait que l’autre vienne combler. Et c’est peut être juste une preuve qu’on mérite d’être aimé ou une confirmation qu’on vaut la peine.
J’ai longtemps cru que ce vide venait de la solitude elle-même. Et surtout qu’il fallait la remplir, à tout prix. Et pourtant, ce n’était pas vraiment la solitude le problème. C’était l’espace qu’elle ouvrait, et que je n’avais pas appris à habiter.
J’écoute beaucoup d’histoires personnelles et dans les récits que j’entends beaucoup vive ce fil invisible de la dépendance affective. Ce réflexe de se raccrocher à l’autre comme à une bouée, en espérant qu’il ou elle tiendra plus fort que nous. Ce besoin d’être choisi pour ne pas avoir à se choisir soi-même et d’être désiré pour croire, un instant, qu’on est digne.
Mais quand on gratte un peu, sous ces besoins si humains, il y a souvent autre chose, peut-être une peur de n’être rien sans l’amour de l’autre. Une sensation de vide quand le miroir s’en va.
C’est une perte de repère, comme si notre valeur n’était valable que dans les yeux de quelqu’un d’autre.
Alors, que reste-t-il quand le regard de l’autre disparaît ? Est-ce qu’on peut se sentir complet, seul, sans avoir à se durcir ou à s’éteindre ?
Est-ce qu’on peut se reconstruire un lien à soi, plus stable et moins dépendant ? Ce ne sera jamais un chemin rectiligne. Il y a des allers-retours, des rechutes dans l’attente, des moments où l’on croit s’être détaché, mais où une absence suffit à raviver tout.
C’est humain. Et surtout, ce n’est pas honteux d’avoir besoin aussi des autres, ou d’un autre.
Mais est-ce que le manque doit paralysé ou empêcher de continuer sa vie sereinement, non.
Dans ces moments, il peut être précieux d’avoir un espace où déposer ce qu’on ressent sans être jugé.
Un espace pour laisser parler ce qui, dans le corps, résiste.
C’est là que la kinésiologie prend tout son sens pour moi. Elle invite à écouter autrement. Et à descendre en soi avec respect et précaution.
Il ne s’agit pas de « guérir la dépendance affective » comme on fermerait un robinet. Il s’agit plutôt d’apprivoiser ce qui pousse à s’oublier dans l’autre. De peut-être remettre un peu de présence là où l’on s’est dispersé. De réapprendre à se sentir plein.
Se sentir complet, ce n’est pas se fermer à l’amour. C’est s’y ouvrir autrement. Depuis un lieu plus solide et plus libre. Là où l’on n’a plus besoin que l’autre vienne nous réparer.


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