On parle souvent du triangle de Karpman. Du sauveur qui s’épuise à vouloir réparer, de la victime qui se sent impuissante.
Mais il y a un rôle qu’on évoque beaucoup moins volontiers quand il s’agit de soi : le bourreau. C’est un mot qui pique et qui colle mal à l’image qu’on a envie d’avoir.
On le réserve facilement aux autres : ceux qui jugent ou qui humilient. Mais chez nous ? Peut-être qu’il ne se manifeste pas de manière grossière… mais qu’en est-il du subtil ? De ce persécuteur en nous qui se cache dans les interstices.
Le bourreau ne se présente pas toujours sous la forme d’une violence frontale. Il peut être une remarque sèche ou une ironie qui blesse. Ça peut être une façon de mettre de la distance. Ça peut être aussi un silence volontaire, utilisé comme une arme. Ça peut être une manière de faire sentir à l’autre qu’il est “trop”, qu’il devrait être différent.
C’est discret, mais ça blesse. Et souvent, on ne le voit pas comme une persécution, parce qu’on se justifie très vite :« Je le fais pour son bien. »
Ce rôle-là est difficile à regarder en face. Parce qu’il met en lumière nos zones d’ombre, celles qui trahissent nos peurs et notre besoin viscéral de contrôle.
Mais si l’on veut vraiment se réconcilier avec les autres, et avec soi-même, il est nécessaire de le reconnaître. Non pas pour se charger de culpabilité, mais pour prendre conscience de ce qui se joue.
Parce que tant que je cherche le bourreau uniquement dehors, dans l’autre, je me prive d’une clé essentielle.
Je reste dans une logique de victime et je fabrique donc mon bourreau, impuissante face à ce qui m’arrive. Mais si j’ose voir comment, par mes gestes, mes mots, mes silences, je peux parfois alimenter des dynamiques douloureuses, alors je reprends une part de pouvoir.
C’est dure, mais c’est précieux.
Il faut toujours bien distinguer les rôles et la réalité des actes. On peut être effectivement victime d’une personne à un instant T, et cette personne peut être réellement un bourreau dans ses actes. Mais les rôles de victime et de bourreau dans le triangle de Karpman sont autre chose : ce sont des positions psychologiques que l’on endosse parfois, consciemment ou non, dans la dynamique relationnelle.
Explorer ces rôles, c’est comprendre nos fonctionnements, sans nier la réalité des violences ou des injustices vécues.
En tout cas, explorer son bourreau intérieur ne veut pas dire s’accuser de tout. Cela veut dire observer, avec honnêteté et lucidité, les moments où j’ai utilisé une arme — même minuscule, même involontaire — contre l’autre. C’est dans cette exploration qu’on cesse de rejouer sans fin les mêmes scènes de relations abîmées. Parce qu’en face, l’autre ne fait souvent que refléter quelque chose que je ne veux pas voir en moi.
En kinésiologie, il m’arrive de voir combien le corps garde en mémoire ces parts que l’on refoule. Il réagit, il se défend, il déclenche des mécanismes de protection qui, à l’extérieur, ressemblent parfois à de l’agressivité ou à de la froideur.
Quand on prend le temps d’aller écouter ce qu’il y a derrière, souvent, ce n’est pas de la cruauté : c’est de la peur, ou une douleur ancienne.
Reconnaître son bourreau intérieur, ce n’est pas perdre son humanité. C’est au contraire la retrouver. Parce qu’à partir de là, je peux choisir autrement. Je peux décider de ne plus me laisser gouverner par mes ombres. Et dans cette lucidité, quelque chose s’apaise, les relations respirent différemment.
Ce n’est pas un chemin confortable, mais c’est un chemin vrai.
Dans mes séances de kinésiologie, je vous invite parfois à reconnaître, avec bienveillance et sans jugement, des parts de vous-mêmes parfois mal aimées. Pour éviter d’en souffrir, elles se relèguent dans ce que l’on appelle notre ombre.
Ces aspects de nous influencent alors nos actions et fragilisent nos relations. Pourtant, s’ils étaient simplement vus, et surtout accueillis, ils cesseraient d’agir à notre insu… et ne viendraient plus entraver notre liberté.
Parfois, pour aller mieux, il est nécessaire d’oser regarder en face des endroits de soi qui ne sont pas très jolis, parfois même dérangeants.
Ce n’est pas pour se juger, ni pour se taper dessus ensuite. Ce n’est pas le but.
C’est simplement pour voir ce qui est là, tel que c’est… et, en le reconnaissant, retrouver peu à peu une forme de liberté et surtout cette dose d’accueil le inconditionnel de nous-même qui nous fait tant défaut. Et qui nous permet ensuite d’agir en lien avec nos véritables valeurs humaines.
À La Forest-Landerneau, à proximité de Brest, je propose des séances de kinésiologie pour les adolescents et les adultes confrontés au stress, aux peurs ou aux périodes de transition.


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