J’ai longtemps cru que « être soi » voulait dire trouver une version stable et unique de moi-même. Mais plus j’observais ma vie, plus je voyais que je vivais à travers des personnages, des formes de protection, des masques que je ne questionnais pas.
Il m’a fallu du temps pour distinguer ce qui était vraiment moi, ce qui me protégeait, et ce qui me maintenait à distance de moi-même.
D’abord, il y a nos rôles sociaux. Ceux-là sont visibles et souvent valorisés. Nous sommes parent, collègue, ami, conjoint, étudiant… Ces rôles sont des façons de fonctionner dans le monde. Ils ont des des attentes, et parfois des obligations implicites.
Ces rôles ne sont ni bons ni mauvais ; ils sont nécessaires pour que la vie sociale soit possible. Mais le problème survient quand on confond le rôle avec la personne. On finit par croire que si l’on ne tient pas le rôle parfaitement, on n’existe pas vraiment.
Ensuite il y a les masques. Lise Bourbeau parle beaucoup de ces facettes que nous adoptons, pour cacher nos parts blessées ou vulnérables. Le masque peut être un sourire quand on se sent triste, une façade d’assurance quand on doute. Contrairement aux rôles, le masque est souvent situationnel. Mais il fonctionne sur le même principe que la persona : il est utile pour traverser le monde, mais il devient problématique quand il devient la seule manière de se montrer.
Et puis il y a l’ombre dont parlait Yung, ces parts de nous que nous rejetons ou que nous ignorons. L’ombre contient ce que nous avons appris à considérer comme inacceptable : ça peut etre nos parts colèriques, jalouses, paresseuses, peureuses. Ce n’est pas quelque chose de honteux en soi ; c’est simplement ce que nous n’avons pas encore reconnu, ce que nous avons relégué dans l’obscurité de notre psyché.
Il y a aussi les mécanismes de défense : rationalisation, déni, projection, évitement, contrôle. Ce sont des stratégies automatiques pour nous protéger de l’inconfort ou de la souffrance. Ils apparaissent souvent sans que nous y pensions, et nous font croire que nous nous défendons de l’extérieur alors qu’en réalité, nous nous défendons surtout de nous-mêmes, de ce que nous refusons de sentir ou d’accueillir.
Le véritable chemin pour moi, consiste, je pense à observer ces différentes couches avec curiosité et douceur.
Les rôles, les masques, l’ombre et les défenses ne sont pas là pour être éradiqués. Ils sont là pour nous protéger, pour nous aider à exister.
Mais s’ils prennent toute la place, nous ne sommes plus en contacte avec ce qui est vivant en nous. Nous devenons des spectateurs de nous-mêmes, enfermés derrière des façades.
La première étape, c’est donc de nommer : « Voilà mon rôle », « Voilà mon masque », « Voilà ma défense », « Voilà une part de mon ombre ». Une fois que nous les distinguons, ils cessent d’être des prisons invisibles.
Ils peuvent alors coexister avec ce que nous sommes vraiment. Et petit à petit, nous découvrons qu’être soi n’est pas l’absence de masque ou de rôle, mais la capacité à les reconnaître et à les mettre en dialogue avec ce qui vit profondément en nous.
En cabinet, je remarque que ce processus est souvent délicat. Certaines personnes confondent conscience et contrôle. Elles pensent qu’il faut éliminer ou corriger.
Mais il s’agit plutôt d’apprendre à ressentir et à accueillir, même les parts dérangeantes, même les rôles qui nous pèsent. La kinésiologie tel que je la pratique peut être un guide subtil : elle offre un espace où le corps peut parler. En séance, il arrive d’explorer ces aspects afin de mettre davantage de lumière sur certains fonctionnements qui peuvent empêcher d’avancer.
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